Rhapsodes // 1 : La lessive de la Folie, Sylvie Durbec

Sylvie Durbec rapide comme l’éclair, éclaire les premières heures de navigation de cette eau tissée des lavoirs…Je trouve, à peine l’idée lancée, les voiles tout juste hissées, dans ma boite aux lettres text’styles son texte « La lessive de la Folie », très beau, accompagné de photographies personnelles. Je lis je relis et bien sûr lui pose des questions sur ce moment précis de lessive, chose vue, puis écrite/ Nécrite…

Sylvie Durbec était en résidence d’écrivain dans l’ancien monastère franciscain à Saorge …

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« J’étais en résidence au monastère et je marchais dans le village et les environs. 
Tout me parlait en ce lieu; sa proximité frontalière, son histoire, la tendre présence de Claire et François, qui même si je ne suis pas croyante au sens strict, m’importait beaucoup. 

« Et j’ai découvert un matin cette lessive mise à tremper dans un des lavoirs du village de Saorge.

(…)
Ensuite ces images ont travaillé. Et j’y ai vu la nécessité de laver à grande eau la maladie, la folie. Comme les lavandières sans le dire le savaient déjà, la lessive peut purifier au-delà même du linge. »

« Pour cette lessive et ces lavoirs, les mains et les corps de ceux et celles qui se sont penchés sur la pierre à laver, dans les bugades, dedans ou dehors.
Cendres liées, comme l’écrit mon ami Jacques Brémond, puisque lessiveuses, cendres etc.
Entre Nord et Sud aussi! »

Sylvie Durbec

Bugade : La bugade est un terme d’origine provençale (bugado en provençal) qui désigne la grande lessive du linge de maison et par extension le lieu où on faisait la lessive. La technique consistait à blanchir le linge à la cendre.

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Lavoir de Saorge photographies ©Sylvie Durbec

 

Parfois le vent, parfois le ciel et d’autres fois encore, la lune.
Alors c’est jour de lessive pour la folie.
La voilà qui installe son linge et étale ses secrets au fond du lavoir.
En général, en fin de semaine, quand les couleurs deviennent fortes.
Quand les murs aussi.
Alors la folie.

Peut laver son linge au vu et su de tout le village.
Il faut voir sa manière.
Celle unique, la sienne. Lessiver la folie.
La rendre fluide.
Humide et brillante.
Folie qui se met à flotter sur un coussin. Taché de blanc.
Tapis volant de rêves secs.
Mais aussi la surface, les chemises, le corps sans poids.
C’est que le corps, ça glisse, ça se glisse dans les habits et ça disparaît.

Alors on ne sait plus si
on va disparaître.
Les villageois nomment alors chaussette ce pied égaré au lavoir.
Pour se rassurer sur le sens des mots et du corps. S’il y en a.
Encore. Sang et corps, disent les villageois en regardant le linge qui
flotte entre les eaux. Sans le fou occupé à sa lessive invisible.
Exactement en fin de matinée mais peut-être.
Aussi la nuit. Le matin très tôt qui l’a vu ?

La folie se récure les ongles en se regardant dans le lavoir, à l’envers, et elle glisse ensuite doucement dans l’espace ouvert, entre les piliers, entre leur reflet.
Les mains propres.
De haut en bas ça disparaît.
La crasse mais aussi.
La peur.
On dit triangle quand on craint de nommer cette mort.
Ou plutôt rectangle.

Un serpent-ruban détache les amarres du coussin.
Qui oublie de rêver. On dit aussi dériver.
Pas dans un lavoir. Rêver.
À des eaux libres sans retenue ni bordure d’ardoise.
Sans plus de vêtements pour se couvrir.
Ni rien.
Bouche noire et l’oeil blanc celle.

C’est l’eau, cette Mère noire, la Médée des lavoirs, la
folie des lessives entreprises à la fin des hivers.
Encore la chaussette dit l’homme, encore. Une copie de mon pied.
Nu.
Et le linge chiffonné du corps et sa chemise qui l’enveloppe.
Parfois. Le protège de.
Certains disent.
Dehors la lessive, dehors, pas dans le lavoir.
Comme si le bleu pouvait suffire à.

Comme à la marge du puits, elle.
Bleu. Ce que Fille nommerait écharpe et lui
dirait juste foulard pour se protéger du vent.
Et puis encore Médée noire, du fond des eaux, venue au lavoir.
Pour ?
Cette eau verte/froide/glacée aux mains mais à la bouche :
à boire toute la soif.

…..

 

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Sylvie Durbec, texte paru sur Remue.net en décembre 2011

 

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extraits carte geoportail

 

 

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Lavoir de Saorge, Photographies @Sylvie Durbec

Cette eau-dyssée, sera comme l’Odyssée d’Homère composée de récits, appelés « chants », et les participants en seront les rhapsodes d’aujourd’hui…

Pour explorer le mot Bugade :

 

 

Posted by Fileuses D'Oraison on Saturday, June 15, 2013

 

Merci à Sylvie Durbec du nord au Sud, en diagonale du M..

 

IB , l’eau tissée M sur m – Saorge, le 25 janvier

 

 

 

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