Chant 2 – Une lavandière, rue Pergolèse

Que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil, Taos Amrouche, Le Grain Magique

« Ai découvert une blanchisseuse comme dans le temps, dans sa boutique depuis 33 ans à Paris 16, qui lave à la main et repasse le linge ancien. Nappes brodées au fil d’or, robe de baptême qui date de 300 ans, je me suis régalée avec les yeux et à écouter cette femme qui m’a raconté l’histoire de chaque linge » , écrit Sonia Poncet le 5 décembre 2018 sur sa page facebook avec une photographie de linge séchant sur un fil

Sonia Poncet a créé la page « il était un fil » et a participé  à la Ronde de laine à M sur m.

Son message était pour moi une parfaite invitation à la navette. Je quittai donc les bords de Canche, les songes de Sainte Austreberthe, et son voile dans les reflets de l’eau.

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cartogra fil chant 2 – M sur m – Paris- fond de carte ancien et fil de laine woolly dmc 77 ©Ib

 

Le 16 janvier 2019, j’avais rendez vous avec Sonia Poncet, métro Argentine, puis direction le 7 rue Pergolèse.

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©Ib

Une boutique ancienne, toute bleue, nous attendait et nous avons rencontré Odile Pereira, probablement la dernière « lavandière » de Paris, qui a extrêmement gentiment accepté de nous consacrer du temps et de me laisser prendre quelques photographies.

Nous étions dans un endroit où on lave le linge depuis 100 ans, et Odile, tout proche de la retraite, s’apprête à mettre fin à une activité de plus de trente ans, sans trouver aujourd’hui de repreneur.

Le lavoir situé autrefois au sous sol a disparu mais elle continue de laver le linge à la main dans de grands bacs, au savon de Marseille pour les pièces les plus délicates et de le sécher sur un fil.

Lavandière (parce qu’elle lave encore le linge à la main) et blanchisseuse (car elle s’occupe principalement du linge fin, précieux, ancien et qu’elle le repasse), Odile Pereira se lève chaque jour à trois heures du matin.

Dans sa boutique : des objets que je n’avais jamais vus et dont je découvre les noms, en même temps qu’Odile nous montre les gestes ;

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©Ib

Le fer à Gaz avec lequel Odile repasse le linge encore humide

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La poignée pour tenir le fer brûlant porte la marque des mains d’Odile.

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Le peigne pour les franges des nappes

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Le fer à coque ou fer des dentellières, avec sa boule elle aussi chauffée au gaz, dont Odile vérifie la température à la joue, instrument idéal pour la finition des manches, pour les robes de baptême.

 

Une robe de baptême dans une famille depuis 300 ans est confié à chaque naissance à Odile Pereira…

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Le fer à tuyauter

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©Ib

 

Odile se souvient du 1er juillet 1988, le premier jour où elle commença à travailler à son compte au 7 rue Pergolèse : elle a mis une journée pour repasser une immense nappe à volants. Et ajoute en riant que les clients ne sont jamais venus la chercher…

Aujourd’hui encore elle travaille pour les maisons Dior, Chanel, les ambassades et surtout elle reconnait chaque pièce pour chaque client, particulièrement les nappes  ou les vêtements, pièces d’histoire des grandes familles, sorties seulement pour les grandes occasions et qu’elle lave d’une année, ou d’un événement à l’autre…

Odile garde bien entendu secrètement noms et histoires du linge qu’elle lave depuis trente ans.

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robe de baptême de la famille d’Odile, photographie avec son autorisation ©Ib

 

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©Ib

 

 

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Photographie ©Sonia Poncet
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Blanchisseuse ou la lavandière, JB-S Chardin, 1730
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La blanchisseuse, Toulouse Lautrec

 

 

 

Merci à Odile Fereira

Merci à Sonia Poncet

 

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Sonia Poncet ©Ib

Isabelle Baudelet, L’eau tissée des lavoirs, M sur m le 31 janvier 2019

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